J’entre dans mon amphi, une grande partie des élèves sont déjà là, installés. J’avais oublié que c’était aussi grand. Je m’avance jusqu'à mon immense bureau et pose lestement ma mallette dessus.
Certains me
regardent bizarrement. C’est sur je
suis jeune
pour être professeur,
mais mon diplôme je l’ai, et
j’ai les qualités requises pour
enseigner. C’est peut-être mon style
vestimentaire qui leur fait cet
effet.
Les filles gloussent par petits tas, et j’entends de ça de là des « Oua le beau gosse ». Ca fait toujours plaisir et ça met de bonne humeur. Je sourit faiblement et retire ma veste que je pose sur le dossier de ma chaise, en dessous, un simple t-shirt kaki avec quelques dessins tribal dessus. Plus bas un jean bleu clair assez ample, tout ce qui a de plus décontracté.
Je sais qu’au anciens ça plait peu, mais les jeunes eux se sentent à l’aise avec moi.
Je mets en place mon dossier d’introduction power point. La première image représentée est mon nom ainsi que l’intitulé de la matière.
Je branche mon petit casque micro, et l’accroche à mon oreille.
J’ai
toujours adoré ces
trucs là, on peut
régler le
volume en fonction du
brouhaha de la salle,
et en plus on a
la même dégaine
que les conseillers
lessive dans les
publicités pour Omo, Bonux
etc.
Je commence à parler une fois que le silence est total. C’est mignon c’est toujours comme ça le premier jour. Tout le monde est intimidé, on ne sait pas si le prof est du genre sympa, ou du genre à noter les vilaines têtes pour pouvoir les saquer lors des TDs. Je m’en souviens encore.
Je souris, il
faut sourire, j’ai de
jolies dents, à quoi bon
les cacher.
-Bonjour à tous, bienvenue dans mon cours d’histoire des auteurs. Ici vous appr…
Je suis
coupé par
l’arrivée plutôt
bruyante de trois
autres élèves.
Une espèce
d’armoire à glace, habillée
comme dans les vitrines de
mode pour tectoniqueurs, un
petit plus trapus, aux
cheveux décolorés presque blancs,
et un plus grand.
Très grand même.
Elancé, de longs
cheveux noirs de jais attachés en un chignon duquel de
longues mèches s’échappaient.
Toutes les filles le suivaient
des yeux.
C’en était fini de mon heure de
gloire, car je devais bien
l’avouer, cet asiatique
était absolument
magnifique. J’appuie ma tête
sur ma main d’un air on
ne peut plus patient,
et attend
que le
bruit cesse.
Mais ils n’ont
pas l’air
de vouloir
s’asseoir.
Le beau brun sort nonchalamment un papier
chiffonné de son sac, le retourne
mainte et mainte fois
tout en faisant osciller son corps au gré
de ses mouvements.
Je
l’observe, blasé.
Il relève les yeux vers
moi :
-C’est
ici le cours… Il rabaisse
les yeux vers sa feuille. D’histoire des
auteurs ?
Je cligne des yeux et inspire calmement. Une des minettes en chaleur se charge de répondre à ma place, il me regarde à nouveau, sourit, et me remercie avant de faire demi tour et de ressortir du cours. Je murmure :
-Pas
gonflé celui
là.
Manque
de bol mon micro porte,
l’armoire à glace se lève
rapidement, et dévale les escaliers
dans ma direction.
J’arrache rapidement mon oreillette et franchi moi-même
les derniers mètres qui nous
séparent. Ne jamais
montrer qu’on a peur.
Je suis
plus grand
que lui, cette
pensée me fait
rire.
Je m’approche de lui, sûr de
moi :
-Il y a un problème jeune homme ?
-Tu parles autrement de Miyavi ou ça va mal se passer entre nous !
-Ca va mal se passer entre nous ? Sors d’ici tout de suite mon petit, ça ne se fait pas de menacer les gens.
-Vas y mais toi jv…
-Dehors j’ai dit, vas t’en ou je
vais m’énerver pour
de bon.
Le garçon me regarde en reniflant vulgairement, tourne sa casquette mode américaine, verte et blanche, et remonte lentement les escaliers. Moi je file m’installer à nouveau derrière mon ordinateur, et reprend mon cours, sous les regards admiratifs de mes élèves.

